Textes des participants « Billet doux »

« Billet doux »

Consigne : Vous vous promenez dans la rue, trouvez un billet par terre, le ramassez et imaginez ce que pourriez en faire et ce que son propriétaire comptait en faire.*

Contraintes : Utiliser la première personne du singulier*

*Ces sujets sont des créations originales des Fabulations, ateliers d’écriture, projet représenté par
les personnes morales et physiques de Marie Gréau et Mathilde Durant. Ces créations sont
protégées par le droit d’auteur. Toute réutilisation ou exploitation des sujets sans l’autorisation
expresse des détentrices des droits pourra faire l’objet de poursuites judiciaires.

Lors de cet atelier les participants ont pu expérimenter la visualisation. L’écriture a été introduite par une expérience sensorielle et imaginative dans laquelle les écrivants se sont retrouvés plongés au cœur de leur imagination.

Ici, vous pouvez apprécier les créations originales des participants. N’hésitez pas à laisser des commentaires ou à venir discuter avec nous sur notre page Facebook Les Fabulations.

**Certains participants ne souhaitent pas voir leurs créations publiées et ne figurent donc pas parmi les textes suivants, malgré leur participation active.

 

Production

 

.  .  .

La nuit passe. Je me réveille l’esprit apaisé, reposé, et en vacances. J’ai malgré tout un brin de frustration et de réflexion. Que vais-je donc faire de ce billet ? Étant consommateur et peu économe, j’ai de nombreuses et de diverses idées qui me passent pas la tête pour le dépenser au plus vite. Mais je vais quand même prendre mon temps pour l’utiliser au mieux. Je décide donc de quitter l’hôtel et de vadrouiller dans d’autres rues que celles où j’ai passé la majeure partie de la journée précédente. Je rentre dans des épiceries, des boutiques ou d’autres lieux, susceptible de faire consommer encore et encore, de trouver conseils auprès de vendeurs qui pourraient éventuellement orienter mon choix. En tout cas, je suis sûr de le dépenser aujourd’hui.

Alexandre Durant

.  .  .

J’ai trouvé un billet.

Billet,

Aillet,

Mouillé……. She loves you, yeah, yeah, yeah.

C’est un billet anglais, d’une livre, un vieux billet.

Je l’imagine entre les mains de la Reine Elisabeth, alors que résonne un vieux tube des Beatles.

Je suis en Italie, à Venise et j’imagine le trajet du billet à travers le temps et l’espace.

Se loves you, yeah, yeah, yeah. Alors elle l’aimait celle qui a donné ce billet. Je l’imagine perdu de cette perte. J’ai ramassé son souvenir à elle, ce cadeau d’une époque révolue qui représente pour eux quelque chose de fort.

Je pars à sa recherche. J e retourne sur mes pas. J’interroge les passants. Il avait un pardessus. Il était brun. Il était pressé. Je dois le retrouver. Je ne peux plus profiter de Venise. Je suis partie à Londres.

J’imagine… Je tiens entre mes mains un papier mais il porte en lui une époque, un lieu, des sentiments. Il est à moi mais je sais qu’il ne m’appartient pas. Maintenant si je veux,

She loves you, yeah, yeah, yeah.

Je suis dans la ville de l’amour mais ce billet m’en éloigne. Plus que le palais autour de moi, plus que les canaux si romantiques, plus que ce ciel bleu d’Italie, il porte sur lui l’amour. Je le rapporte où je l’ai ramassé et j’écris un message :

« Laissez ce billet. Il n’a pas de valeur pour nous. A toi, je le rends. »

Claire

.  .  .

VIVRE

Le mot est écrit en lettres majuscules, le point du « i » a déchiré le papier, sur ce billet de 20 euros tout neuf. Il crisse sous mes doigts. Je le maintiens plié au contact de ma paume et je ferme les yeux.

Le train traverse une campagne endormie sous un ciel gris. L’occupant du siège voisin, casque sur les oreilles, écoute sa playlist, visage fermé. Je perçois le son étouffé de sa musique, un bourdonnement léger qui, petit à petit, me ramène en arrière et m’entraîne dans la ville que je viens de quitter.

En sortant de l’hôtel, après déjeuner, je m’étais dirigée vers le port. Il avait plu dans la nuit, le ciel se reflétait sur les quais luisants. Mon regard se posait sur les passants, les manœuvres des engins, les bateaux, les terrasses, les étals. Quelques paroles me parvenaient au hasard des inconnus croisés. Des gestes, des odeurs … Une femme s’énervait au téléphone, deux amies riaient en se prenant par le bras, un homme fumait, préoccupé. Une femme très parfumée et maquillée sortait son rouge à lèvres.

Une jeune femme surgit. Elle est pâle, très mince, ses cheveux blonds attachés en un chignon défait, quelques mèches s’échappent et voilent son regard clair. Elle s’assied sur un banc face au port. Buste penché en avant, bras en appui sur les genoux, elle fixe l’horizon.

Je prends place à côté d’elle, en laissant un espace, pour ne pas la déranger. J’attends, silencieuse. Quelques minutes s’écoulent. Elle prononce ces mots saccadés :

« Vous, ça va ? Ça va, la vie ? »

Elle repart à grandes enjambées et s’évanouit dans la ville.

Sur le banc, ce billet. VIVRE. Percé par le point du i.

Christiane Dupuy

.  .  .

Le billet ramassé et la personne étant trop loin pour le lui donner, je décide de le garder sans accorder trop d’importance à ce que je vais en faire. La fin de la journée laisse libre court. Il reste malgré tout quelques rayons qui laissent entrevoir une petite ballade au bord de la mer. Je me dirige donc vers celle-ci pour prendre du bon temps et un bol d’air frais. Rechercher un peu de liberté et un peu d’envergure dans un monde étouffant dans lequel nous sommes prisonniers. Ça y est, il fait presque totalement noir. Je me dirige vers l’hôtel quand tout à coup le billet me traverse l’esprit. Je le sors de ma poche intérieure de mon manteau et enfin j’y porte attention. Il est inscrit dessus « à utiliser après mûre réflexion et sagesse ». Quel était donc cet homme et à quoi pensait-il en ayant écrit cette inscription ? Dans le même moment, je crois un vieil homme, peu vêtu pour une telle température, et faible. Cet homme mendie. L’inscription sur ce billet prend alors tout son sens. Je réfléchis donc, avec sagesse, et j’en résulte qu’il faut que je donne ce billet à ce mendiant. Je lui donne, il le prend, il me sourit et me remercie. Après ce court instant de bonheur, je m’en vais fier et heureux d’avoir utilisé ce billet à bon escient.

Alexandre Durant

.  .  .

« Bonjour, je suis un billet.

Et oui, je te parle, à toi qui m’a ramassé.

J’appartiens au parrain de la pègre.

Je suis le fruit d’un faussaire et je me suis échappé de la poche de mon propriétaire.

Je ne voulais plus être faux, être utilisé pour ce que je ne suis pas.

Je veux être moi. Alors je te le demande, ne me jette pas, ne me dépense pas, ne me rends pas.

Je voudrais m’habiller de couleurs nouvelles, d’images nouvelles.

Ce Voltaire sur mon dos, modifie-le, change-le.

Je veux sentir la plume d’un crayon ami sur moi, qu’elle me chatouille, qu’elle me grattouille pour me fabriquer un habit de lumière qui soit moi et pas la copie d’un autre.

Tu veux bien ? Alors fais … »

Claire

Auteur : lesfabulations

Ateliers d'expression créative en Nouvelle-Aquitaine Structure dirigée par Marie Gréau et Mathilde Durant

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