Atelier d’écriture 8 – « Dans la peau de » – Médiathèque L’Alpha

En cette période de confinement, Les Fabulations proposent aux usagers de la médiathèque d’Angoulême l’Alpha des ateliers d’écriture à distance gratuits. Chaque semaine, les écrivants reçoivent par mail un nouveau sujet d’écriture dont le thème est défini en collaboration avec l’Alpha. A la suite de cela, tous les vendredis, nous proposons une séance de lecture partagée via Skype pour faire vivre les textes des participants.  Vous pouvez vous inscrire gratuitement en contactant l’Alpha sur Facebook ou en envoyant un mail à l’adresse c.valgres@grandangouleme.fr.

Sur cette page, vous trouverez les productions des participants sur le huitième thème de ces ateliers : « Dans la peau de… »*. Un grand merci aux écrivants pour leur motivation, leur implication et leur créativité ! N’hésitez pas à vous plonger dans leurs histoires et à leur laisser un commentaire :).

*Ces sujets sont des créations originales des Fabulations, ateliers d’écriture, projet représenté par les personnes morales et physiques de Marie Gréau et Mathilde Durant. Ces créations sont protégées par le droit d’auteur. Toute réutilisation ou exploitation des sujets sans l’autorisation expresse des détentrices des droits pourra faire l’objet de poursuites judiciaires.

SUJET :

Pour ce thème, nous avons proposé aux participants de travailler sur les expressions comprenant le mot « peau » :

• « Avoir quelqu’un dans la peau » : être amoureux de quelqu’un


• « Avoir la peau de quelqu’un » : battre, voire tuer quelqu’un


• « Être dans la peau de quelqu’un » : se mettre dans la situation d’une autre personne

• « Sauver sa peau » : sauver sa vie

• « Faire peau neuve » :changer complètement de conduite ou d’opinion


• « Être bien ou mal dans sa peau » c’est à dire se sentir à l’aise ou mal à l’aise, plein d’allant ou déprimé

• « Avoir la peau dure » : être très résistant

Nous avons donc proposé aux écrivants de réaliser trois courts textes (10 à 15 lignes chacun) prenant chacun pour sujet l’une de ces expressions et empruntant des contraintes propres.

Texte 1 :

Volume : 10 à 15 lignes maximum
Sujet : « Avoir quelqu’un dans la peau »
Énonciation, genre et temps : Libres

Contraintes : Parler abondamment de la peau, en tant que partie du corps, sensualité, toucher, etc., sans jamais utiliser ni le mot « peau » ni l’expression « avoir quelqu’un dans la peau ».

Texte 2 :

Volume : 10 à 15 lignes maximum
Sujet : « Avoir la peau de quelqu’un »
Énonciation, genre et temps : Libres

Contraintes : Rendre omniprésent le son [po] et ne jamais faire mention de l’expression « avoir la peau de quelqu’un ».


Texte 3 :


Volume : 10 à 15 lignes
Sujet : Au choix, une de ces expressions :
« Être dans la peau de quelqu’un »
« Sauver sa peau »
« Faire peau neuve »
« Être bien ou mal dans sa peau »
« Avoir la peau dure »
Énonciation, genre et temps : Libres

Contraintes : Ne pas faire mention de l’expression utilisée.

TEXTE 1

Le potier

La plaque tourne dans un tourbillon langoureux et le souvenir de ton corps si loin, vide jusqu’à ma dernière goutte de volonté. Mes mains commencent le dessin de tes courbes, la fine pellicule humide qui habille ton corps les fait glisser le long de ta silhouette évanescente. Ta taille se creuse sous la douce pression de mes doigts. Tes hanches rondes tournent encore et encore. Sous mes mains, leurs délicats contours se dessinent. Ta douce enveloppe est une caresse sous mon toucher, chaque aspérité parfaitement placée par le hasard, une divine rencontre.  Aphrodite, elle-même est envieuse de ta beauté parfaitement imparfaite. Ta danse toujours m’hypnotise, tes courbes effleurent érotiquement mes yeux qui sont esclaves de ton corps. Tes douces lignes m’enchaînent au désir qui me consume et brûle incandescent au creux de mon ventre. Fille d’Héros, il t’a vêtue d’une irrésistible sensualité dont je suis volontiers l’obligé.

Salomé

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A son nom, sa présence faisait jour en moi. J’avais l’impression d’être une poupée russe : nous nous enchevêtrions naturellement. C’était une description identique de l’amour par Platon, cette façon de partager le même corps avec la même âme. Nous arracher l’un à l’autre, c’était nous condamner à mort. J’avais toujours quelques pensées caressantes pour elle, l’idée du câlin le plus tendre et caressant possible. Emmêlés, blottis, convaincus, couleuvrant, beaucoup d’adjectifs très sensuels et un peu fripons. Rien que ne puissent observer des enfants sur les statues de Michel Ange, où ces êtres figés se caressent le marbre. Ils nous donnent envie de les toucher pour ressentir leur contact. Sont-elles si froides à cause de la pierre ? On dirait pourtant qu’elles sont chaudes d’émotions. J’étais dans cette condition, à la fois esclave d’un amour froid et soldat de ma passion. Je veux fusionner à son épiderme, avant que notre histoire arrive à son terme.

Benoît

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À croquer


Il l’a quittée il y a quelques heures et déjà le manque se fait sentir. C’est une souffrance cruelle et délicieuse, qu’il veut prolonger un instant, en la dévorant des yeux à son insu.
Assise au bord de la piscine, elle agite les jambes dans l’eau, le regard perdu au loin. Le soleil darde ses derniers rayons sur ses épaules hâlées dont l’arrondi velouté lui donne l’irrésistible envie d’y imprimer une morsure gourmande. Croquer dans cette matière fondante et ferme à la fois, lisse, douce, délicatement parfumée. Le grain est si fin … c’est une soie vaporeuse, tiède et ondulante. Il n’a qu’un seul désir : parcourir inlassablement ce paysage ambré, de la pointe des orteils à la racine des cheveux. C’est une plage de sable fin, aux notes d’iris et de vanille. On pourrait s’y noyer, mais qu’importe … il prend le risque.

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Oeuvre d’art

L’aube caresse

Son corps mat et nu.

Elle dort, paresse,

Heureuse et repue.

Courbes satinées,

Parfaites, me chavirent,

Tissu patiné,

Chaleur et désir.

Glisse ma main,

Des attaches fines

Aux creux de reins,

Monts et collines.

Dieu ou Nature,

Ton œuvre vit.

A ta créature,

Je donne ma vie.

Thierry

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Caresses

Voilà bientôt 5 ans que dure notre histoire, et beaucoup disent que c’est à partir de là que les couples s’essoufflent et que s’érodent les sentiments. Moi, j’ai plutôt la sensation de vivre tout autre chose, l’impression que nous nous appartenons d’avantage l’un l’autre avec le temps et que nous vivons cette fusion comme une symbiose de l’âme et du corps. Car tu me connais comme nulle autre au monde. Tu connais mes petits plaisirs, mes mauvaises habitudes, tu sais les mots qui me font bondir et ceux qui peuvent me calmer. Et par-dessus tout, tu connais mon corps.

Comment pourrais-je résister à tes caresses lorsque ta main brûlante quitte ma nuque et glisse sur mon dos jusqu’à la naissance du bassin ? Comment ne pas réprimer un gémissement au contact de tes lèvres dans mon cou ou au moment où tes doigts pénètrent la toison de mon torse ? Avec ces années de complicité, j’ai appris à deviner dans ton regard l’envie pulsionnelle de te coller à moi, et de t’enivrer de ce contact. Je ressens au fond de mon ventre ce besoin primitif qui te pousse à pétrir mes membres en grognant de plaisir, puis à tracer du doigt le contour de mes yeux avec une infinie tendresse. Lorsque viennent ces moments, alors mes yeux se ferment et je me laisse emporter par une vague de plaisir. Tout juste ponctuée par un doux ronronnement.

Bruno

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TEXTE 2

Elle m’a largué, je suis un légume au fond du potager. Possiblement qu’elle ait essayé de me rendre la ciguë potable. Mais ça me fait si mal à la gorge que j’ai envie de me pendre à la potence. La police est intervenue sur dénonciation. J’ai essayé de croire que tout allait bien, de papoter pour l’intéresser. La politesse de paie pas. La politique du gars bien ne donne aucun résultat. J’aurais mieux fait d’être un ponnard ! Que dis-je ? Mon ressenti va me faire manger mon chapeau. On s’entendait bien… Suis-je en train de me raconte du pipeau ? Notre couple n’avait pas encore atteint son potentiel. Alors oui mon humeur est quelque peu potache. Je vais agrémenter son musée des ex, tant pis. Moi c’est au fin fond de ce dépôt à ordure que je vais jeter son image !

Benoît

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Bataille de Potimarron

Pollux et Paul au milieu du potager se toisent rageusement. Paul attrape un potimarron à ses pieds et l’envoie tout droit en direction de la tête de Pollux. Celui ci tombe dans les pommes sous l’effet du choc. Puis reprenant ses esprits, attrape un potiron égaré au milieu des framboises et le lance dans la poitrine de Paul. Le souffle court, Paul donne un coup de pied dans un petit pot en terre cuite. La taille de l’objet et la force de propulsion lui permettent d’ouvrir l’arcade sourcilière de Pollux. Le potager est maintenant à feu et à sang. Les légumineuses robustes, privilégiées par les deux jeunes gens, fusent de tous les côtés. L’apocalypse prend alors tout son sens dans le petit village de Posterlitz. Pollux tombe raide entre les courgettes et les poireaux. Tandis que Paul, triomphant, hurle de sa voix de Polichinelle en brandissant  fièrement un poivron. Voilà comment une bataille de polochons, se transforma en bataille de Potimarron et provoqua la mort apoplectique de notre pauvre Pollux.

Salomé

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Paupau


Paupau, c’était son surnom. Elle s’appelait Paulette, c’était la fille du postier. Paupau était très appréciée de son entourage, n’hésitait pas à rendre service, allant jusqu’à consentir parfois quelques aides financières. Paupau était devenue riche, à la mort de ses maris. Et il fallait avoir bonne mémoire pour en faire la liste. Lucien, le policier, André l’apothicaire, Léon le potier, et Marcel le pompier. Ils étaient tous partis très vite au cimetière de Popolasca, Haute Corse. Le sort semblait s’acharner sur Paupau.
Elle n’a pas de pot, Paupau ! C’est ce que pensaient les Popolascais, sans oser évoquer la possibilité d’une intervention ayant pu précipiter la fin de ces malheureux.
Puis Paupau succomba … à l’amour, lorsqu’elle rencontra El Guapo, le bel hidalgo ténébreux. Les cloches de l’église de Popolasca retentirent une nouvelle fois pour célébrer leur mariage.
El Guapo habitait à l’écart du village, et connaissait la montagne comme sa poche. Les sentiers, les plantes, les herbes, n’avaient pas de secret pour lui. Et les mystérieuses cueillettes de Paupau à la nuit tombée ne lui avaient pas échappé. El Guapo avait perdu tous ses amis un par un, et il savait pourquoi. Par un beau dimanche ensoleillé, Paupau et El Guapo partirent en excursion dans les aiguilles de Popolasca. Paupau fit une chute mortelle. Lucien le policier et Marcel le pompier n’ayant pas été remplacés, la version du regrettable accident ne fut pas contestée, et Paupau rejoignit ses maris au cimetière. El Guapo, inspiré par les cueillettes nocturnes de feu son épouse, se mit à confectionner des tisanes, baptisées « les herbes de Paupau ». Et chaque pot ayant son couvercle, El Guapo se remaria avec Apolline, la cousine de Paupau.

Christiane

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T’es mort mon poto (US rap mode)

Yo,

J’vais pas t’faire un dessin, j’te résume le topo

Fallait pas nous doubler en sortant du tripot

On devait partager ensemble à l’entrepôt

Mais les sacs étaient pleins de papiers, de copeaux

Tu voulais voyager et sortir du troupeau,

Mais t’as choisi d’trahir et de faire le crapeau

Alors on va t’descendre, t’auras aucun repos,

On va te découper, à la mode Edgar Poe

On va prendre du plaisir, ce s’ra la Gestapo

Ce s’ra sûrement très long, une question de tempo,

On est vraiment vénères, et c’est pas du pipeau,

Alors ramène l’argent, rendez vous au dépôt.

Popopopo

Bruno

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TEXTE 3

American dream

« Mister President, en tant que chef suprême des États-Unis d’Amérique, que pensez-vous de la situation actuelle liée au Covid-19 ? Vous avez vu comme nous les images terribles de nos concitoyens faisant la queue devant les magasins. Vous n’êtes pas sans savoir que le chômage est reparti à la hausse et que des millions d’Américains, ayant perdu leur emploi, se retrouvent pratiquement à la rue, une situation que nous n’avions pas connue depuis les années Reagan. Qu’en pensez-vous et que pouvez-vous faire pour contrer cette grave crise naissante ?

So….yes…. »

Oh putain, j’ai beau être préparé à ce genre de question, je ne m’y ferai jamais. J’ai tout un escadron de conseillers à la Maison Blanche, tous bardés de diplômes, plus intelligents les uns que les autres. Je dirai même plus intelligents que moi sans aucun doute mais voilà, je me retrouve seul, face à ce putain de journaleux qui n’attend qu’une chose c’est que je me plante, que je bafouille, que je sèche comme une vieille fleur. Putain j’ai les boules. J’aime tellement pas être tout seul dans ce genre de situation. C’est vrai quoi, j’ai beau être Trump, l’homme le plus puissant du monde, je ne suis qu’un humain au fond. Je suis rien sans mon staff. J’ai même pas eu la majorité pour être élu, tu parles d’une réussite !… Je veux rentrer chez moi… pfff… Bon, allez, mon vieux Donald, on attend ta réponse, le monde entier est suspendu à ta moumoute. Vas-y lance-toi, de toute façon, quoique tu dises, ça sera une connerie !…

« …Je pense qu’il ne faut pas paniquer face à ce stupide virus. Ce n’est qu’une grippe après tout. On sait que les virus ne résistent pas aux détergents… Je suggère d’avaler un peu d’eau de javel, diluée bien sûr et à mon avis, ça suffira pour éliminer ce truc. »

C’est quoi ce rêve crétin ? Comment ai-je pu rêver que j’étais Trump ? Allez, debout mon garçon, il est temps !

Thierry

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Perd pas ton temps

(Lucie est allongée sur le sol, les mains posées sur son ventre, son frère Tom est assis sur son lit et la fixe amusé)

TOM.- Je peux savoir ce que tu fais ? Tu t’entraînes pour ton enterrement ?

LUCIE.- Non, j’attends ducon !

TOM.- (Tom rit) Qui Godot ? Tu sais qu’il n’arrivera pas !

LUCIE.- J’attends de grandir, de devenir une femme, d’être indépendante, d’être belle !

TOM.- Ah ouais… et tu penses que tu vas soudainement muer, là, sur le sol de ma chambre ? Tu penses sérieusement à perdre ton temps indéfiniment ?

LUCIE.- Mais c’est quoi que tu captes pas ? Je vais attendre jusqu’à ce que ma vie puisse conjoncturellement me plaire.

TOM.- Wahou mais t’es vraiment frappée, je savais pas que t’avais postulé à la carte de Mc Do.

 (Lucie tourne son visage vers son frère les sourcils froncés)

TOM.- Mais t’as toujours pas compris que conjoncturellement c’est débile. N’attend pas l’approbation des autres pour faire ce que tu veux. Fonce ! Merde! (Il se met debout sur son lit exalté) Ta vie ,c’est pas la répétition d’une adaptation des pensées de Pascal, ta vie, ce sera pas Desperate Housewives, arrête les dramas, de penser que t’as le temps : il n’y aura plus de 5 juin 2020 ! Alors bouge ton cul et crée ta vie, modèle-la plutôt que d’attendre comme une conne sur le tapis. En plus ça te fait un double menton. (Lucie se lève et sort de la chambre) Tu vas où là ?

LUCIE.- Manger des fraises, Coach ! (Thomas lève les yeux au ciel et souffle)

Salomé

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Je dois avoir la peau dure. Hier, je suis passé sous une voiture et j’en suis ressorti propre comme un sou neuf. On m’a regardé en écarquillant les yeux. On donnait peu cher de ma peau. Quelqu’un avait même appelé un corbillard au lieu de l’ambulance. Ce qui a sauvé ma peau ? Probablement le moelleux de mon corps. Mes coussinets de gras ont protégé mes os ainsi que mes organes vitaux.

Depuis je vois les choses autrement. Je me sens mieux dans ma peau depuis que j’ai acheté un vélo. Avec un casque évidement. On va dire que j’inverse les rôles : cette fois-ci, c’est moi qui roulerai sur les piétons. Rangez-vos jambes ! Cela m’a apporté une condition physique que je ne soupçonnais pas. Je donne la chair de poule à mes mollets de coq. Et malgré mes vergetures, on peut dire que j’ai fait peau neuve.

Benoît

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Demonworld

Les portes rouge sang de l’ascenseur s’ouvrirent dans un panache de fumée. L’effet de vapeur était ici purement esthétique car le mécanisme d’ouverture était totalement électrique. Mais les architectes du Royaume des Enfers ont de vieilles traditions et un certain goût pour le second degré. Bifrons, archi-démon du quatrième cercle et Seigneur des piqûres infectées, sortit de la cabine en prenant garde à éviter que les portes ne se referment sur sa queue fourchue qui mesurait plus de deux mètres, ce dont il était très fier. Il marcha d’un pas lourd dans le hall d’accueil jusqu’à la porte ouvragée de la salle de réunion, puis il entra sans même frapper.

« J’ai pas trop de retard ? dit-il à l’assemblée bruyante d’une quarantaine de démons, assis autour d’une gigantesque table d’obsidienne sur laquelle traînaient différents stylos, blocs papiers et attaché-cases.

Marchosias, Prince obscur du premier cercle et Duc de la pourriture dentaire, répondit :

– Non non, c’est parfait. Messieurs, un peu de silence s’il vous plaît, nous allons pouvoir débuter la séance. Pour commencer, ouvrez la page quatre du fascicule apocalyptique. L’ordre du jour ne concerne que le vote du plan final de Frère Halphas et l’attribution des différentes possessions à effectuer. J’ai besoin que chaque démon convoqué aujourd’hui s’empare du corps d’un chef d’État humain et suive les directives conduisant à la fin du Monde.

Zagan, Roi démon du douzième cercle et Baron de la fracture ouverte du tibia, leva timidement un doigt crochu.

– C’est pas les Cavaliers de l’apocalypse qui sont de service pour ce genre de boulot ?

Marchosias regarda silencieusement son collègue pendant près d’une longue minute. Plus le cuir de sa peau rougissait, plus Zagan se recroquevillait, et il finit par fixer son doigt comme s’il lui reprochait de s’être levé.

– Bien, puisqu’il n’y a pas d’autres questions, nous allons procéder à la répartition.

Qui veut posséder Angela Merkel ?

Il fallut plusieurs minutes aux démons pour modéliser cette opération dans leur tête. Les plus rapides d’entre eux firent volontairement tomber leur stylo et glissèrent lentement sous la table en s’excusant d’un sourire gêné. Marchosias chercha vainement un regard à croiser, puis se mit à réfléchir à son tour.

Au moment où l’image de la chancelière prit forme dans son esprit, les traits de son visage changèrent radicalement et il remit ses lunettes pour continuer sa liste.

– Emmanuel Macron ? Alors, qui veut de Macron ?

La plupart des démons firent mine de ne pas comprendre, certains observaient leurs ongles noirs comme s’ils venaient de découvrir qu’ils en étaient pourvus. D’autres lisaient d’invisibles phrases sur les pages blanches de leur bloc-note ou plissaient des yeux comme s’ils devaient impérativement porter leur attention sur un objet particulier, à l’autre bout de la table.

Finalement, le cuir de Marchosias s’empourpra dans un spectre colorimétrique aussi inédit que terrifiant. Il finit par exploser :

– Puisque c’est ça, bande de fainéants, je répartis moi même !

Vingt minutes plus tard, il termina la liste :

– Et concernant le bouquet final, j’attribue la possession de Donald Trump à Astaroth, prêtre démon du 44ème cercle et Vicomte de la nécrose encéphalique aiguë.

Astaroth leva vers Marchosias ses deux yeux rouges au fort strabisme, puis sourit comme un enfant qui vient de gagner tout un magasin de jouet.

– J’ai plein d’idées », dit-il d’un air niais.

Bruno

Auteur : lesfabulations

Ateliers d'expression créative en Nouvelle-Aquitaine Structure dirigée par Marie Gréau et Mathilde Durant

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